Changer notre cerveau, est-ce une question de changement d'état d'esprit ?
Changez d'état d'esprit, changez de cerveau. La neuroplasticité de l'organe le plus complexe de notre corps permet un remodelage à court, moyen et long terme, et nous pouvons l'influencer. Chaque fois que nous avons de nouvelles pensées, vivons de nouvelles situations, apprenons de nouvelles compétences ou mémorisons de nouvelles informations, nos voies neuronales se réorganisent et de nouvelles connexions se forment. Notre cerveau possède la capacité miraculeuse de s'adapter selon les besoins, mais cela signifie aussi qu'il peut subir des impacts négatifs.
Prêt à relever le défi
Il existe des forces qui échappent à notre contrôle, certaines internes, d'autres externes. Si nous ne pouvons guère agir sur les lois de la nature ou de la physique, nous avons néanmoins notre mot à dire, par exemple, sur le choix de notre partenaire de vie. Volontairement ou non, notre cerveau évolue et s'adapte constamment aux différentes étapes de notre existence, créant des connexions neuronales en fonction des expériences vécues. C'est pourquoi diverses formes de négativité peuvent modifier notre cerveau de manière si profonde qu'il faudra des années d'accompagnement professionnel pour y remédier.
Dans sa conférence TED , le Dr Richard J. Davidson, psychologue et neuroscientifique, a recensé quatre défis courants présentant le plus grand risque d'affecter négativement notre cerveau. Les voici :
- La distractibilité – l'abondance des possibilités modernes est aussi merveilleuse qu'accablante. Des études montrent que 47 % du temps, un adulte américain moyen n'est pas attentif à ce qu'il fait, ce qui nuit à son bien-être mental. Si notre absentéisme était dû à la rêverie , il y aurait des avantages. En l'état, il a un effet néfaste sur notre cerveau.
- La solitude – à ne pas confondre avec le fait de passer du temps seul volontairement . Selon des études , jusqu'à 76 % des Américains d'âge moyen déclarent souffrir de solitude, d'intensité modérée à élevée. Compte tenu de la gravité de cet état (qui augmente le risque de décès de 29 %), il exerce une pression considérable sur notre cerveau.
- Pensées négatives et dépression : le taux de suicide est en hausse et la dépression ne montre aucun signe de ralentissement. Aux États-Unis, chaque jour, plus d’un adolescent se suicide. La neuroplasticité permet de modifier les schémas de pensée destructeurs qui se répètent sans cesse et nous poussent au désespoir.
- La perte de sens et de but dans la vie est un autre facteur prédictif de mortalité prématurée. Les recherches indiquent que les personnes sexagénaires qui éprouvent un faible sentiment d' utilité dans leur vie ont deux fois plus de risques de mourir dans les cinq ans que celles qui en ressentent un fort.
Notre intention n'est pas de paraître pessimistes. Il est néanmoins important de reconnaître et de souligner que négliger les difficultés mentionnées ci-dessus peut avoir de graves conséquences. Chacune d'elles nous éloigne un peu plus du bonheur et de l'épanouissement . Mais il est encore possible de renverser la situation.
Les piliers d'un esprit sain
Le Dr Davidson est optimiste. Son approche pour comprendre un esprit sain nous offre une solution et propose quatre composantes pour inverser les dégâts. Nous constaterons des changements tangibles dans notre bien-être si nous investissons notre temps et notre énergie à cultiver les piliers suivants :
Conscience
Dans le cadre de la conscience de soi (la connaissance de qui nous sommes et de ce que nous ressentons ), mais surtout dans ce cas précis, de la métacognition (la conscience de ce que fait notre esprit à un instant donné), la lecture peut développer efficacement notre capacité à concentrer notre attention et à résister aux distractions. Avez-vous déjà parcouru une page sans comprendre ce que vous venez de lire ? C’est un manque de métacognition. Le moment de la prise de conscience, lorsque vous relisez le texte, est l’essence même de la métacognition et est essentiel à toute progression.
Connexion
L'être humain est un être social, et des relations interpersonnelles harmonieuses sont absolument essentielles à notre bien-être mental. Nouer de nouvelles amitiés , entretenir des liens avec nos proches et solliciter les conseils de ceux que nous admirons sont des pratiques non seulement bénéfiques, mais aussi indispensables à notre épanouissement. Pensons à la bienveillance, à la compassion et à la reconnaissance. Ces qualités ne demandent qu'un peu de gentillesse pour s'épanouir, et pourtant, elles permettent de tisser des liens humains profonds qui peuvent durer toute une vie.
Aperçu
En d'autres termes, il s'agit d'explorer en profondeur nos émotions et le récit que nous avons tous de nous-mêmes. La dépression est favorisée par une faible estime de soi et par une vision déformée de soi-même. Un esprit sain ne s'attaque pas nécessairement à ce récit en tant que tel. Il modifie plutôt notre rapport à celui-ci et notre attitude à son égard en nous aidant à percevoir cet état négatif pour ce qu'il est réellement : une simple constellation de pensées.
But
Tout repose sur le sentiment que notre vie prend une direction particulière. Ce qui contribue à ce sentiment, c'est d'intégrer autant que possible notre réalité à un sens plus profond. Même les tâches les plus ingrates peuvent être liées à notre objectif, l'enrichissant et le nourrissant. Vous rêvez d'écrire ? Tenir un journal , investir dans une machine à écrire ou un logiciel, lire (beaucoup), écouter discrètement une conversation intéressante pour l'utiliser comme dialogue dans votre roman, rechercher des symboles pour une histoire, ou regarder des films pour y puiser l'inspiration : tout cela participe au perfectionnement de votre art et au renforcement de votre vocation.
Travailler sur chacun de ces points, individuellement ou simultanément, permettra de raviver progressivement votre vigueur mentale. Reprogrammer son cerveau demande du temps et de la patience, mais les résultats justifieront pleinement vos efforts. Il est entre nos mains, et entre nos mains seulement, de renforcer notre esprit et de le rendre plus heureux.
Entraînez votre esprit
La neuroplasticité de notre cerveau repose sur deux types d'apprentissage fondamentalement différents :
- L'apprentissage déclaratif – l'acquisition de connaissances théoriques sur les choses – constitue un excellent point de départ, une sorte d'introduction. Cependant, même si l'on peut enseigner aux gens les définitions de la gentillesse ou de l'honnêteté, cela ne suffira pas à les rendre gentils ou honnêtes.
- L'apprentissage procédural consiste à développer des compétences pratiques, à s'impliquer activement dans ce que l'on souhaite étudier, à apprendre par la pratique, au cœur même de l'action. On ne pourrait jamais construire une voiture fonctionnelle sans se salir les mains.
Ces deux types d'apprentissage sollicitent des circuits cérébraux totalement différents, et leur combinaison est nécessaire pour déclencher une transformation. Le Dr Davidson et ses collègues ont mené une étude où des groupes de participants, sélectionnés aléatoirement, ont suivi une formation à la compassion. Les résultats de l'IRM ont révélé des différences systématiques dans le cerveau des participants avant et après les deux semaines de formation, des différences quantifiables étant observées après seulement 7 heures de pratique.
Ces effets remarquablement rapides prouvent que nous pouvons entraîner notre cerveau à fonctionner selon nos souhaits. Il est néanmoins important de persévérer, car les changements observés ne sont pas permanents. Cependant, plus nous pratiquons, plus les effets positifs se maintiendront. Moins nous utilisons nos nouvelles connexions neuronales, plus vite elles se détérioreront.
L'énergie dans le circuit neuronal
Le câblage de notre cerveau n'est pas figé, il est adaptable. Nous pouvons exploiter le pouvoir de la neuroplasticité et prendre soin de notre cerveau en transformant notre esprit. Ce n'est pas facile, mais cela en vaut la peine. Identifiez les domaines où votre cerveau a le plus besoin d'aide. Est-ce pour trouver un sens à votre vie ? Acquérir de l'intuition ou une meilleure compréhension de vous-même ? Construire des relations ?
Le Dr Davidson conseille de consacrer trois minutes par jour à un entraînement ciblé pour inverser le fonctionnement de nos mécanismes cérébraux. Se brosser les dents n'était pas une habitude ancestrale. Comme beaucoup d'autres pratiques bénéfiques, c'est un comportement acquis. Nous pouvons aussi nous entraîner à améliorer notre santé mentale. Le bien-être est une compétence.